Au Japon, mangues, fraises et pastèques se vendent parfois aux enchères à des prix incroyables. Pourquoi un tel engouement ?
Avec leurs étals colorés, les primeurs japonais arborent une variété emblématique de fruits. Si les fruits français peuvent atteindre 15,23 euros le kilo, cela reste bien modeste comparé aux prix nippons. La ferme Okudan sur l'île d'Hashima propose la fraise Bijin-Hime, un fruit de 80 grammes se vendant jusqu'à 460 euros l'unité, et parfois 4000 euros la barquette.
Une production à petite échelle et soignée
Les producteurs japonais adoptent une approche méticuleuse, cultivant leurs fruits en quantités limitées selon des normes strictes. Par exemple, la ferme Okudan produit seulement 500 fraises Bijin-Hime par an, en raison d'un climat exigeant. Nicolas Baumert, spécialiste de la géographie de l'alimentation japonaise, souligne que cette attention a un coût, augmentant le prix de vente.
Avant même la culture, les producteurs choisissent soigneusement les meilleures graines, optimisées chaque année pour garantir la qualité. Sophie Richard, d'Irasshai, précise que ces semences sont modifiées pour donner naissance à des variétés uniques. La pollinisation manuelle et la sélection rigoureuse des fruits en développement sont également essentielles. Pour les melons Yubari King, les agriculteurs ne conservent qu'un fruit par vigne, s'assurant ainsi de leur qualité.
Un fruit aussi beau que savoureux
Les fruits japonais ne déçoivent jamais les amateurs. Le melon Yubari King, par exemple, se vend à des prix vertigineux, atteignant jusqu'à 3,5 millions de yens (23 390 euros) la paire. Cette variété, protégée par un label, est prisée pour sa qualité gustative et visuelle, semblable à de la dentelle.
La présentation est également primordiale : la pomme Sekai-ichi, reconnue comme une des meilleures au monde, est soigneusement bichonnée, parfois trempée dans du miel, et vendue à 20 euros. Les producteurs japonais vont jusqu'à modéliser des pastèques dans des moules cubiques pour la praticité, se vendant jusqu'à 200 euros.
Un symbole de prestige
Bien que le consommateur moyen puisse acquérir des fruits sans se ruiner, ceux qui atteignent des prix exorbitants sont souvent réservés comme cadeaux luxueux. Ces fruits sont soigneusement emballés et présentés, devenant des offrandes de choix lors de célébrations et d'événements.
Plus la rareté du fruit est grande, plus la symbolique du cadeau est renforcée, selon Sophie Richard. Ils témoignent de la gratitude ou de l'appréciation envers les destinataires. Au Japon, ces présents deviennent une manière de partager des moments en famille ou d'honorer des relations.
Finalement, selon Nicolas Baumert, ces fruits ne sont pas seulement au service du goût ; ils incarnent aussi une philosophie de vie, témoignant de l'éphémère de l'existence, tout comme les fleurs de cerisier en pleine floraison.







